À propos
Jean-Claude Schwab est né à Malleray-Bévilard en 1942 dans une famille salutiste. Alors qu’il est encore préadolescent, un accident de voiture bouleverse sa famille. Cette épreuve laissera chez son papa une inquiétude durable pour la sécurité des siens et un besoin de les protéger, dont Jean-Claude devra progressivement s’émanciper. Il découvre au sein du groupe de jeunes de sa paroisse un lieu d’échanges stimulant. Dans le cadre de ses études de Physique au Polytechnicum de Zürich, il retrouve au GBU (Groupes bibliques universitaires) un lieu de sociabilité qui lui rappelle celui de sa jeunesse. Il y vit des moments de partage intense, souvent prolongés bien après les séances, où il noue des amitiés indéfectibles. Il commence à douter de ses études de physique, pourtant passionnantes, lorsqu’il découvre que la recherche consiste à passer ses journées seul dans un laboratoire souterrain. Un voyage en Haïti vient alors bouleverser ses perspectives. Le choc culturel le confronte à la pauvreté et à l’impuissance de pouvoir l’éradiquer. Mais cette expérience est aussi comme une interpellation profonde : celle de choisir une vie plus risquée, tournée vers l’échange avec les autres. Il rencontre alors Thérèse, une jeune enseignante audacieuse qui partage son désir d’une vie engagée et son goût de l’aventure. Dès leur mariage et alors qu’elle est enceinte, ils décident d’aller travailler comme enseignants en Haïti. Ce sont des années de dépaysement qui les conduisent en Côte d’Ivoire, puis au Congo. Ils y rencontrent Danilo et Lisette Gay, un couple suisse avec lequel ils nouent des liens profonds. Pendant cinq ans, ils font l’expérience d’une intense sociabilité, notamment au contact des étudiants, et contribuent à la création d’une paroisse à l’Université de Kinshasa. De retour en Suisse avec trois enfants, Jean-Claude fait des études de théologie à la faculté de Lausanne. Il fait l’expérience d’une vie communautaire, dans la foulée de laquelle naît une revue de réflexion – Hokhma – qui cherche à offrir un lieu de réflexion alternatif par rapport aux Facultés réformées historiques. A la fin de ses études il rencontre Pierre Amey avec lequel il noue une complicité fondée sur des expériences et des aspirations qui font écho aux siennes. Ensemble, ils parviennent à convaincre l’Église réformée neuchâteloise de les engager tous deux dans la même paroisse. C’est le début d’une collaboration longue, riche et fructueuse à St-Blaise. Jean-Claude prend cependant progressivement conscience que son appétit d’échanges a une face d’ombre : il peut exiger de l’individu une soumission à la communauté en demandant une transparence et un alignement parfois impitoyable. C’est alors que la formation à la relation d’aide intégrée de Hans Burki va l’amener à une nouvelle évolution. C’est à 23 ans que Jean-Claude avait rencontré Hans Bürki, théologien, docteur en pédagogie et psychologue. Sa personnalité et son approche intégrée de la vie humaine et de la vie spirituelle l’avaient d’emblée interpellé. Au fil de leurs rencontres, il devient pour lui un véritable maître spirituel. Il comprend maintenant avec lui que la différenciation, malgré les deuils qu’elle impose, peut devenir une source d’enrichissement et de maturation personnelle et collective. Inspiré par Bürki et en réponse à cette crise, Jean-Claude déplace son horizon : des voyages aux confins du monde, il s’engage maintenant dans une exploration des profondeurs de l’intériorité. Tout en accueillant deux nouvelles filles dans la famille, ce chemin l’amène à développer une spiritualité humaine, un chemin d’intégration de la personne qui devient capable de se laisser transformer et d’avoir ainsi un impact approfondi sur la réalité. Au sein de la paroisse, cette dynamique se traduit par une floraison d’initiatives fécondes et originales. Pierre Amey et lui apprennent à vivre dans la diversité en gardant l’unité. Des « cultes avec imposition des mains en vue de la guérison », inspirés par le théologien Walter Hollenweger qu’ils célèbrent ensemble en sont le signe. De son côté, Jean-Claude initie des pratiques méditatives dans lesquelles il expérimente et développe sa nouvelle conception du « temps pour vivre » – c’est le titre qu’il donne au livre qu’il écrit avec Thérèse Glardon et Bernard André sur ce thème en 1991. Il entreprend une formation pastorale à l’écoute et à la communication au cours de laquelle il découvre l’ancrage ancien des pratiques de méditation. Devenu superviseur, il anime des sessions de formation dans le cadre de l’Association Suisse Romande de Supervision Pastorale À la retraite, Jean-Claude s’investit dans le réseau de solidarité initié par son épouse, qui associe engagement écologique et recherche spirituelle, ainsi que dans le lancement d’une épicerie coopérative. Il répond également avec enthousiasme à l’invitation d’Alfred Mbuta, responsable national des aumôneries de l’Église du Christ au Congo (ECC), et contribue à la mise en place d’une formation en Clinical Pastoral Training en République démocratique du Congo. Ses derniers moments de vie ont constitué une forme d’intensification, comme un dernier embrasement, un temps récapitulatif où il a pu se recevoir lui-même. Apprenant que ses jours étaient comptés, il dit à ses proches qu’il avait bien l’intention de continuer à vivre. Après son départ, ils comprendront autrement ses paroles : Jean-Claude entendait vivre jusque dans la mort, et « quand bien même il serait mort » (cf. Jn 11,25). Cette conviction paradoxale, Jean-Claude l’avait reçue de sa maman. Il en avait également fait l’expérience concrète au fil de ses longues années de méditation : « quand tu pries, ferme la porte extérieure et intérieure et tiens-toi dans ton réduit… et une porte s’ouvre au ciel »[1].
[1] F. Cassingena, 2000.
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