Canevas des démarches qui entraînent l’accueil méditatif de la Parole biblique par l’écoute du cœur, l’accueil de l’inspiration et la capacité d’échange
Nous abordons ici la description d’une démarche concrète de méditation de la Parole de Dieu. Elle s’inspire des intuitions et des expériences précieusement véhiculées par la tradition de l’église, depuis les temps apostoliques[2]. Elle n’est toutefois qu’un chemin parmi d’autres, humble témoin qui peut nous inspirer dans notre propre cheminement. Ce qui est lui est caractéristique, c’est l’entrée en méditation : premier temps pour faire silence et tranquilliser son âme avant de lire, écouter ou méditer une Parole ; temps où la terre est préparée pour la semence. Cette démarche traverse donc plusieurs temps Un premier temps pour s’arrêter et faire silence (environ 10 minutes) Pour se rendre disponible et présent, attentif et à l’écoute. Il s’agit de créer un espace pour soi, en espace en soi pour l’autre et pour la parole de l’Autre. Préparer un lieu, réaliser à nouveau que son propre corps est le temple du Saint Esprit. Cela commence par l’attention au corps, l’attention à la respiration accueillie et ressentie comme signe de la vie. L’ancrage des pieds au sol ou l’attention à nos tensions physiques pour leur permettre de s’apaiser peut nous aider. Commencer par sa propre réalité présente, corporelle, incarnée ; point de départ pour devenir conscients de Celui devant qui nous nous tenons et qui se tient aussi au plus intime de nous-mêmes. Nous pouvons choisir un nom pour Dieu qui se prête le mieux et se recueillir autour de ce nom, ce qui va nous aider à devenir conscients qu’il se tient au plus intime de nous-même. L’intention de cette étape n’est pas de « faire le vide » mais de rejoindre le Présent caché dans nos abîmes. Pour éviter d’être distraits en chemin par les pensées qui se présentent inévitablement dans le silence, nous pouvons choisir un nom pour Dieu qui se prête le mieux et se recueillir autour de ce nom, ce qui va nous aider à devenir conscients qu’il se tient au plus intime de nous-même. Un deuxième temps pour écouter la Parole choisie (environ 10 minutes) Pour la laisser vibrer en soi dans l’attention à tous nos sens : la goûter, la voir, la sentir ; observer ce qu’elle suscite en moi, puis l’écouter une deuxième fois. La repasser en son cœur[3] – comme Marie après le passage de Berger de Noël. La mouvoir en soi, se mouvoir en elle, accueillir les images qu’elle évoque, les sentiments qu’elle suscite, les souvenirs qu’elle réveille, les plaintes ou émerveillements qu’elle provoque… Accueillir même le sentiment de vide ou d’absence s’il surgit, demeurer avec lui et avec soi en restant relié à la Parole. Un troisième temps pour cueillir recueillir et écrire (environ 10 minutes) Il ne s’agit pas de tout écrire ce qui s’est passé, ce qu’on a vécu mais de recueillir l’essentiel. On peut redire les paroles qui ont été suscitées en soi par la parole entendue. On n’écrit pas analytiquement. On peut aussi commencer à écrire sans connaître la suite. L’espace ensemencé en nous saura s’exprimer. La question primordiale est : quelle est mon expérience avec le texte ? Qu’est-ce que le texte (et le silence qui a précédé sa lecture) a suscité en moi ? Parfois nous aimerions bien posséder des techniques pour mieux saisir la Parole de Dieu, ou simplement pour mieux prier ou méditer. L’esprit de la démarche décrite ci-dessus se veut à l’opposé d’une technique « voulue » : il ne s’agit pas de produire quelque chose car toute volonté de produire risque bien, dans ce domaine, d’être contre-productive. Il s’agit donc, non pas de se concentrer pour « faire » une méditation mais d’apprendre - à savoir sans savoir, - à attendre sans attendre, - à demeurer dans une attente détendue et même, - à renoncer à nos attentes, pour accueillir l’inattendu, la surprise, l’instant de grâce, toujours issu de Dieu lui-même, et de la lumière de son amour. On offre un espace pour qu’une réalité nouvelle se crée, un lieu pour l’accomplissement de la Parole. « Aujourd’hui cette parole de l’Écriture s’accomplit quand vous l’entendez » (Lc 4.21). Un quatrième temps : communiquer dans le groupe de méditants[4] Ce quatrième temps est un acte créatif, un fruit issu de l’expérience avec la Parole. C’est une nouvelle parole engendrée par la Parole de Dieu et issue du méditant. Cette nouvelle parole écrite permet par la suite une communication avec d’autres, et une réflexion a posteriori. A tour de rôle, chacun lit ce qu’il a écrit (uniquement), sans introductions, ni commentaires. Après chacune des lectures, pendant quelques instants de silence, chacun des écoutants écrit une phrase de résonance. Puis chacune des 3 ou 4 personnes lit sa phrase, (à nouveau sans adjonctions). Celui qui est concernée écoute, laisse résonner ces échos et note les paroles qui ont vibré en lui. Évidemment, il y a toujours la liberté de ne pas lire certaines phrases que l’un ou l’autre a écrite, et la liberté de dire : « je n’ai pas de phrase de résonance prête ». Durant une telle heure de méditation, tout est orienté vers l’écoute. Les « phrases de résonance » (qu’on peut aussi appeler « phrases du cœur ») qui surgissent alors vont parler d’elles-mêmes en rapport avec le texte de méditation. NB. Il s’agit d’un échange ritualisé différent de nos partages spontanés habituels. Ce modèle peut petit à petit approfondir et féconder tous les moments de partage vécus dans un groupe d’amis en favorisant la circulation d’une parole qui vient du cœur, qui est entendue et qui donne à chacun son espace et le sentiment d’être relié. Il est utile d’avoir un membre du groupe qui veille au respect du rituel (pour limiter les dérapages vers les avis, commentaires, prises de pouvoir) et un autre qui veille sur l’heure et au respect du temps imparti à chacun.
Résumé des étapes de la méditation biblique
Le parcours entier demande environ 1 heure. 1. Espace de silence D’abord se recueillir et établir le calme en soi comme préparation à l’écoute d’un court récit. 2. Lecture d’une Parole Quelqu’un lit avec soin deux ou trois fois le récit (sans aucune introduction), sans accentuation ni intention particulière. 3. Laisser vibrer le récit et noter ce qui monte Dans un nouveau temps de silence on laisser vibrer le récit à l’intérieur de soi, on le rumine et se laisser rencontrer par lui. J’écris ce qui monte en moi, en réponse au texte. Je n’ai peut-être qu’un début de phrase qui vient. Je le note et je laisse couler en quelque sorte ce qui se donne. Pensée, sentiment, image…, j’accueille ce qui vient sans censurer. Je ne cherche pas à interpréter ce que j’ai expérimenté. C’est comme la première mise par écrit rudimentaire d’un rêve tout récent. 4. Communiquer dans le groupe A tour de rôle chacun lit ce qu’il a écrit (uniquement), sans introductions, ni suppléments. (Le groupe des méditants peut être divisé en cercles de 3 à 4 personnes.) Dans le silence, chacun des écoutants écrit une phrase de résonance (qu’on peut aussi appeler « phrase du cœur ») qui surgit alors et va parler d’elle-même en rapport avec le texte de méditation. Évidemment, il y a toujours la liberté de ne pas lire certaines phrases que l’un ou l’autre a écrite, et la liberté de dire : « je n’ai pas de phrase de résonance prête. »
[1] Cette démarche inspirée de Hans Bürki a été décrite une première fois dans Thérèse Glardon, Bernard André et Jean-Claude Schwab, op. cit.. sans la quatrième partie.
[2] Voir Henri Nouwen, Le chemin du désert, Cerf, 1985.
[3] Luc 2.19 : traduction de symbolein, symboliser.
[4] Le groupe peut être divisé en cercles de 3 à 4 personnes.
Démarche pour une relecture d’une année de vie
Introduction à la démarche
Paul Ricœur a inventé cette belle expression, la « mémoire heureuse » [1] pour nommer l'expérience qui consiste à retrouver dans sa mémoire ce qu'on avait oublié. En fait, on ne l'avait pas complètement oublié ; mais c'était là dans le subconscient, en attente d'une quête pour se révéler à nouveau. Lorsque quelqu'un raconte et nous dit : « tu te rappelles ? », « souviens-toi ! », il se produit parfois un déclic en nous, et nous disons : « Ah oui, je me souviens maintenant ! ». Nous éprouvons un plaisir, et ça nous fait du bien, même si l'événement dont on se souvient est pénible. C'est comme un événement nouveau, il se passe quelque chose en nous, notre être est saisi : une richesse perdue est retrouvée. Ce phénomène est à la base de toute une pédagogie de la transmission de l'évangile. Ainsi donc l'appel biblique « Souviens-toi » tout en étant une injonction (invitation ?) extérieure, peut susciter en nous une quête intérieure, un travail de mémoire qui débouche sur un événement nouveau. Nous pouvons nous-mêmes initier ce travail intérieur. De nombreux textes nous y invitent : - Jérémie 31.21 : « Place des bornes le long de ta route, plante des jalons. Réfléchis à l'itinéraire que tu as parcouru. Sois attentif au chemin que tu as suivi » ; c’est-à-dire relis ton histoire à la lumière d'aujourd'hui ; et tu vas te souvenir de nombreuses choses oubliées. Et ce dont tu te souviendras va réintégrer ta vie, tu récupéreras cette richesse, comme une brebis perdue retrouvée. - Au dernier souper, Jésus commande à ses disciples ; « Faites (ceci en) mémoire de moi ». C'est une manière de ramener le vécu passé dans le présent, et de vivifier des trésors (même entachés de douleur). - Le psalmiste nous exhorte même à dire à nous-mêmes, à notre âme : « Souviens-toi, n'oublie pas les bienfaits du Seigneur » (Ps 103). Souviens-toi du chemin parcouru, des traces de tes rencontres avec Dieu, des Paroles inscrites en toi, des signes de sa bonté dans ton existence, et avec tout ton être : Bénis. Canevas pour une relecture de vie « Méditer une portion de sa vie comme on médite une portion des Écritures » est une manière concrète de se souvenir, de vivifier son âme, de ramener dans le présent des richesses enfouies. Méditer sa vie comme une réalité précieuse, une histoire sainte, et sous le regard bienveillant de Dieu. - On choisit une portion de temps, par exemple les 8 derniers mois, depuis les dernières vacances d'été. Il s'agit, dans un esprit détendu et méditatif, de se remémorer et retrouver les événements personnels, les actions vécues dans ce temps ; dans le silence et à partir d'une attention corporelle. - Puis d'en retrouver le « vécu intérieur », l'expérience avec ses sensations et sentiments. On peut prendre note de quelques faits, et de quelques « ressentis ». Ce rappel est une forme de travail qui révèle un matériau : on peut faire quelque chose avec ce matériau. - Au bout de ce temps, de ce travail de mémoire (10 à… 50 minutes) vient le temps de la quête d'un fil rouge : on cherche et laisse venir une ou deux images, un ou deux symboles qui émergent de ce premier travail ; sans chercher à le produire, mais demeurant dans une attente éveillée et orientée. Ce symbole est précieux, il peut donner une clé, un sens unificateur sur cette portion de vie. - On peut ensuite revisiter ces mois à partir de ce symbole qui en est issu. - Le partage à quelques-uns (3 ou 4) de ces symboles, dans une écoute méditative peut permettre un nouveau « travail de notre âme ».
[1] Paul Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Seuil, 2000.
